Pourquoi manquons-nous de temps ?

Près des ¾ des Français souhaiteraient avoir un rythme de vie plus lent et détendu et 71% ont souvent l’impression de ne pas avoir assez de temps pour faire tout ce qu’ils voudraient faire*. Comment en est-on arrivé là ?

Un changement de monde

Dans son livre Les cloches de la terre, l’historien Alain Corbin souligne à quel point notre rapport au temps a changé. Dans la société rurale du XIXème siècle, les rythmes naturels scandent les activités collectives qui encadrent les individus. La sensation d’être bousculé ou de manquer de temps n’existait pas encore. On suivait simplement le cours de la vie.

Pourquoi cet univers a soudain basculé, pourquoi un tout autre rapport au temps s’est-il imposé ? Les raisons sont bien sûr nombreuses, l’industrialisation et l’urbanisation notamment ont accéléré nos cadences. Mais la plus importante est la profonde mutation anthropologique que nous vivons depuis un peu plus d’un demi-siècle. Nous sommes passés d’un monde où chacun occupait sa place, dans des rythmes collectifs réguliers, porté et tenu par des cadres sociaux et moraux, à une société centrée sur l’individu. Chacun désormais est censé pouvoir conduire sa vie à son idée, choisir dans tous les domaines, des produits, des services, définir sa propre morale et son idée de la vérité. Et le temps aussi est devenu une propriété personnelle, une ressource qui est entre nos mains.

Le temps, une ressource pour quoi faire ? Pour privilégier les activités les plus agréables bien sûr. Mais au-delà il faut comprendre qu’existe une quête existentielle cruciale. Nous ne voulons pas rater les fragments de bonheur que nous pourrions atteindre, nous rêvons de vivre plus, en explorant de nouvelles facettes de nous-mêmes, en nous démultipliant dans des activités diverses.

Cette aspiration se lit particulièrement chez les plus jeunes : près d’un tiers des moins de 35 ans utilisent leur temps libre – quand ils en ont – pour apprendre ou se développer personnellement, contre seulement un sur dix chez les plus de 55 ans**.

Le rythme à deux temps

Et ce n’est pas si simple. Car la première conséquence, que nous connaissons tous quand les projets se multiplient dans la tête, c’est que le temps file entre les doigts. Plus nous augmentons nos rythmes pour faire face à ce manque, plus il nous semble qu’il disparait encore plus vite. D’où une insatisfaction lancinante. D’où surtout pour 64% des Français une pénible fatigue mentale à vouloir faire trop de choses*.

Le premier réflexe face à cette accélération incontrôlée est un désir de compensation, un irrépressible besoin de reprendre son souffle et de se vider la tête. Il s’agit véritablement d’un nouveau besoin de notre société contemporaine où la vie quotidienne est désormais fondée sur un rythme à deux temps : un temps d’implication forte (qu’elle soit professionnelle, familiale ou personnelle), un temps de récupération.

Les périodes de confinement lors de l’épidémie de Covid 19 ont d’ailleurs sur ce point été pleines d’enseignements. Car ceux qui n’étaient pas dans une situation familiale ou résidentielle trop difficile ont été surpris de ne pas vivre mal ces moments qui leur avaient permis de débrancher et de retrouver des rythmes lents autour d’activités très simples.
Interrogés aujourd’hui sur ce qu’ils feraient avec une heure de temps gagné par semaine, 46% des Français répondent : se détendre. Simplement cela. Pas “faire plus”, mais “souffler”. Ce chiffre monte à 50% chez ceux qui se disent souvent pressés, révélant un besoin de repos devenu criant**.

L’arbitrage des temps

Mais près de 40% de ces mêmes Français utiliseraient cette heure pour la consacrer à leur passion : ou passer du temps de qualité avec leurs proches**. Le besoin de reprendre son souffle n’efface pas la quête essentielle : vivre plus intensément, se réaliser par le déploiement d’activités nouvelles.

Le seul moyen de constituer un stock suffisant, un petit trésor existentiel donc, est de mener des arbitrages. Notamment en séparant activités contraintes et activités choisies. De trouver les moyens pour diminuer le temps des activités contraintes et ainsi le libérer pour les activités choisies.

Dans la confrontation entre ces deux vécus temporels apparait une autre alternance, un autre rythme à deux temps. Distinguant ici deux univers rythmiques, associés chacun à des sensations spécifiques. Dans le monde de l’activité dont on cherche à se dégager pour gagner du temps, les valeurs mises en avant sont celles de l’efficacité, de la rapidité et de la légèreté (surtout la légèreté mentale). Il existe une sensation de plaisir ressentie à la légèreté de l’action digitale qui permet une délégation d’activité. D’ailleurs le e-commerce arrive juste après la communication (quasi ex-aequo) dans les évolutions technologiques ayant permis le plus gros gain de temps au cours des 20 dernières années selon les Français avec respectivement 36% et 38%*.

L’exemple du commerce : la technologie et l’arbitrage des temps

Si l’on prend l’exemple du commerce, il faut d’abord souligner la multiplication des produits et des services qui peuplent désormais notre quotidien ; les actes d’acquisition sont infiniment plus nombreux qu’il y a quelques dizaines d’années. Si l’on ajoute à cela le fait que le consommateur souhaite davantage s’informer et comparer, on comprend que les achats ordinaires deviendraient vite un enfer mental si différents services ne servaient pas d’intermédiaire et ne nous facilitaient pas la tâche.

Le commerce, qu’il soit physique ou en ligne, s’inscrit désormais pleinement dans la logique d’arbitrage temporel.
72% des Français considèrent que le e-commerce leur permet de gagner du temps dans leur vie quotidienne et plus de 6 Français sur 10 (61%) considèrent que la livraison rapide via le e-commerce permet de soulager la fatigue mentale qu’ils peuvent ressentir*. Elle est devenue un outil de gestion ordinaire, particulièrement pour ceux qui ressentent le plus de pression temporelle. Les parents avec de jeunes enfants sont les plus nombreux à la considérer comme “essentielle” pour leurs courses quotidiennes.  

Ce qui se joue ici, c’est un échange entre temporalités différentes. Commander en un clic des produits du quotidien, c’est par exemple libérer une heure pour aller au marché le dimanche en famille.

D’ailleurs, l’utilisation de ces services n’est jamais univoque. La personne qui commande d’un clic ne se dit pas « Je suis dans le temps contraint et je dois aller vite ». Elle peut tout aussi bien flâner dans les rayonnages virtuels.

Car tout est affaire de choix, à chaque instant ; une séquence rythmique peut soudain se retourner en son contraire. L’essentiel n’est pas de choisir entre vitesse et lenteur, entre efficacité et flânerie. L’essentiel est de retrouver le pouvoir de choisir. De redevenir, autant que possible, maître de son temps. Et parfois, simplement, de se redonner le droit de respirer.

 

*Données issues de l’étude Ifop pour Amazon, menée auprès de 1000 Français représentatifs de la population française métropolitaine âgée de 18 ans et plus, réalisée les 25 et 26 février 2026.
**Données issues de l’étude Harris Interactive pour Amazon, menée auprès de 2018 Français acheteurs en ligne en Décembre 2025.

Partager Facebook Twitter Email

Poster un commentaire