Le devoir conjugal

A l’heure de #balancetonporc et de #MeToo, je lance une nouvelle et grande enquête sur le consentement, dans la séduction, la drague et les rapports sexuels. Car il y a beaucoup de malentendus, dans ce que l’on appelle la « zone grise », où rien n’est vraiment noir ou vraiment blanc. Des hommes croient qu’il faut insister même quand une femme semble leur résister ; des femmes pensent avoir exprimé leur refus et que l’homme a reçu le message.

Mais pour commencer cette enquête, je vais viser moins large et m’intéresser au consentement sexuel dans le couple. Après Dormir à deux (vous pouvez lire les témoignages dans l’onglet portant ce titre), je vais donc à nouveau plonger sous la couette, mais pour parler de sexualité cette fois. Y compris la sexualité la plus ordinaire et parfois quelque peu routinière, qui s’installe après des années de vie commune.

Comment se combinent les désirs de l’un et de l’autre ? Quand l’un n’a pas envie, le fait-il savoir, et l’autre comprend-il ? Arrive-t-il que le mari insiste jusqu’aux limites de ce qui pourrait ressembler à un viol domestique ? Les incompréhensions moins dramatiques et plus ordinaires m’intéressent aussi. Du côté femmes, qui subissent des assauts non désirés. Mais du côté hommes aussi, je voudrais vraiment recueillir également la version masculine, pour comprendre, sans condamner. Car nous devons avancer ensemble, hommes et femmes réunis, pour des relations plus respectueuses et épanouies.

Comme d’habitude, vous pouvez témoigner le plus librement du monde, en choisissant un pseudo si vous souhaitez protéger votre anonymat. Je vous répondrai et nous continuerons ainsi notre dialogue. Chacun peut aussi réagir aux autres témoignages, créant ainsi une communauté de réflexion et de débats autour du non-consentement dans le couple. Ce que l’on appelait autrefois pour les femmes le « devoir conjugal ».

40 Témoignages

  1. Lorili
    8 mars 2018 - 12:11

    Bonjour à tous,
    J’ai souvent entendu ma mère me dire que, si une femme voulait conserver son mari, elle devait épouser aussi ses « hobbies ». Pour elle, suivre mon père dans les mêmes activités de loisirs que lui a été une façon de passer du temps avec lui. Ringard ? Pas tant que ça. Je connais beaucoup d’autres exemples de ce comportement autour de moi.
    Or, il se trouve que le seul vrai « hobby » de mon mari c’est le sexe. Enfin,… les femmes. Ne vous trompez pas : j’adore mon mari. Nous partageons nos vies depuis bientôt 25 ans et nous nous entendons très bien (d’ailleurs, – clin d’oeil à une enquête précédente – je suis ravie de dormir peau à peau, malgré les ronflements, que je supporte très bien) ; nous nous touchons souvent, nous nous embrassons souvent, nous rions souvent et il y a beaucoup de complicité entre nous. Nous faisons l’amour génitalement de temps en temps sans pénétration, diabète oblige, ce qui n’en ôte pas un seul gramme de plaisir, ni d’un côté ni de l’autre.
    Il dit qu’il s’est intéressé au sexe à un âge très tendre où ses parents, naïvement, le mettait au lit à faire la sieste avec des fillettes de familles amies de leur entourage. S’ensuivaient des touchottements. Adulte, il a beaucoup lu autour du sujet et a même fait une formation de sexologue ce qui lui a valu de participer à des expériences en groupe (sans pénétration). Nous avons toujours parlé du sujet très ouvertement et en profondeur, lui et moi, et il me faisait part de ses apprentissages et de sa philosophie, que je comprends parfaitement. J’ajouterais, en passant, que c’est grâce à ce parcours qu’il peut maintenant accepter avec séréninté son manque total d’érection, car nous avons longuement débattu et prônons le fait qu’une sexualité pleine ne dépend pas du coït, mais va bien au delà, reposant sur un ensemble très riche d’autres facteurs.
    Et voilà qu’il a voulu franchir un cap : celui de l’échangisme. J’ai accédé un peu à contre coeur. Je pensais que « l’appétit vient en mangeant » et que je ferais peut-être des découvertes intéressantes. À une condition : pas de pénétration génitale. Non pas que je sois complètement fermée à cette possibilité, mais je voulais que ce soit mon choix et pas une chose subie. Je dois dire que, dans ce sens, je remercie tous les hommes que j’ai pu rencontrer lors de ces soirées : ils m’ont tous, et sans aucune exception, respectée sans ciller.
    Mais l’appétit a fait faux bond. Au contraire, ce qui était, au début, une réticence s’est transformé en dégoût. J’ai rencontré toutes sortes de personnes, parmi elles des personnes qui restent aujourd’hui des amis qu’on voit régulièrement. Mais ces soirées, commencées dans la bonhomie, évoluaient vers une forme de torture. Je devenais de plus en plus silencieuse au fur et à mesure que s’approchait le moment inexorable où les lumières seraient baissées et la gaieté et l’insouciance propre d’une rencontre sociale cèderaient le pas devant des aires de machos conquérants et de racoleuses gouailleuses, vêtues d’ensembles « sexys » à deux sous censés attiser le désir. (De qui ? De ces messieurs). Je me sentais prise dans un vaudeville d’extrêmement mauvais goût qu’il fallait répéter à chaque fois dans un désordre indicible, des odeurs parfois nauséabondes et dans des endroits parfois insalubres – tout ce qu’il y avait de mieux pour renforcer ma libido ! Pour faire plaisir à mon mari, et parce que j’avais peur qu’il continue sans moi, pendant des années je me suis tu, et j’ai supporté stoïquement tout ce cirque. Malgré mes silences, il s’apercevait bien de mon inconfort, mais il l’attribuait à une sorte de timidité et m’encourageait à aller de l’avant, à être plus assertive dans mes rapports. Je cherchais déjà un moyen de me soustraire à ces activités quand le coup de grâce m’a été apporté par un diagnostique encore inexpliqué de gonorrhée – eh oui ! Attention, Mesdames et Messieurs, même sans pénétration génitale, les MST rôdent pas loin ! J’ai annoncé à mon mari que je ne voulais pas continuer ces pratiques et il a répondu que lui en avait besoin, qu’il ne pouvait pas vivre sans et que si j’essayais de l’en empêcher ce serait motif de divorce. Maintenant, il a une « amante » qu’il voit régulièrement et avec qui il va dans des clubs échangistes pour prendre son pied. Je n’aime pas cette situation. Je la tolère parce que j’aime mon mari et que je n’ai envie de serrer dans mes bras et d’embrasser aucun autre homme autant que lui. Je sais – il me l’a dit – qu’il serait ravi que je prenne un amant. Je ne refuse pas cette idée. Mais, au moins pour l’instant, l’homme ne s’est pas présenté qui me donne cette envie.
    Pour conclure, je dirais que la vision de la sexualité charriée par les différents modes de transmission dans nos sociétés – que ce soit l’école, la famille, l’entourage, les supports culturels comme la littérature ou le cinéma et même la pornographie – est extrèmement réductionniste et surtout tournée vers l’assouvissement des fantasmes masculins liés avant tout au besoin culturel de se sentir puissants. Elle n’a pas évolué depuis des siècles et se base sur des conceptes qui étaient tenus pour vrais à une époque où il était considéré comme impropre, même dans le lit conjugal, que la femme ressente du plaisir. Encore au XXIe siècle, et malgré les apparences, cette vision est amplement acceptée comme étant universelle et inévitable parce qu’aucune réflexion n’est faite sur le sujet. La femme qui devait se montrer impassible sous l’assaut pénétratif doit maintenant prouver qu’elle ruisselle de plaisir au contact du premier venu, sous peine d’être accusée de frigidité et de manquement au devoir conjugual (ce sujet a été effleuré dans certains posts dans une enquête précédente) ; mais c’est toujours le besoin de l’homme qui est au coeur de l’affaire. Dans les disputes conjugales, les femmes s’en prennent à leur mari parcequ’il ne s’occupe pas assez des enfants ou des tâches ménagères, mais les hommes se sentent lésés parce qu’elles ne font pas assez souvent l’amour. (Amour ? Quel amour ?). Et tout cela parce que, paradoxalement, même si la sexualité est affichée partout, tout ce qui touche de près ou de loin au plaisir est tu ou voilé dans la cachotterie et la honte. Les parents, qui sont les premiers qui devraient éclairer leurs enfants, se taisent. Les époux, les amants ne se parlent pas, n’expriment pas leurs désirs, ne précisent pas leurs limites. Et on continue à prendre pour une vérité les plates banalités qui sont étalées sur les écrans de cinéma et de télévision. Il est grand, grand temps que les femmes s’explorent, apprennent à connaître leurs désirs et leurs aspirations et en parlent, aérent leurs sentiments, leurs besoins. Il est grand temps qu’on ouvre un débat sur ce sujet, qu’on puisse l’examiner dans un climat détendu et sans honte, et qu’on s’éloigne d’une vision exclusivement androcentriste de la chose.

  2. 11 mars 2018 - 15:57

    Lorili,

    Un grand merci pour ce long et très riche témoignage. L’enquête vient de commencer et les appels à témoignages n’ont pas encore été lancés, vous n’allez peut-être pas recevoir beaucoup de réponses tout de suite, autant que le mériterait la qualité de tous ce que vous dites, qui pose mille questions.
    Parmi toutes celles-ci je ne retiendrai pour le moment que quelques pistes. Vous expliquez très bien comment vous discutez de beaucoup de choses dans votre couple, très librement, y compris à propos de la sexualité. Et pourtant, même dans ces conditions, vous avez été amenée à vous trouver dans des situations non consenties. On imagine alors ce qui peut exister quand la parole est moins libre !
    Vous soulignez le décalage de demande sexuelle entre vous et votre mari. Il y a là une vraie question. On sait que c’est un héritage de l’histoire (vous l’expliquez très bien aussi), mais que cet écart reste fort aujourd’hui malgré toute la libération de la parole féminine sur la sexualité, notamment dans la presse féminine. On a l’impression que vous ressentez cette parole comme une nouvelle injonction assez pénible (il faut non seulement réussir sa sexualité mais avoir une sexualité très active), qui paradoxalement rejoint la demande des hommes à en faire toujours davantage question sexualité. Est-ce que je me trompe ? Quand vous demandez aux femmes qu’elles s’expriment avec franchise à propos de leurs désirs, cela veut-il dire, plus que de réclamer des fantasmes inavouables, elles auraient un souhait parfois de ne pas faire tout passer par la sexualité dans le couple ?
    Enfin, une question de détail un peu annexe, une curiosité : votre mari, qui a des problèmes d’érection, vous met malgré tout la pression pour continuer l’échangisme. Cela ne lui pose pas problème, il est à l’aise avec ça ?
    Pour conclure, diriez-vous que la sexualité a pris trop de place dans votre vie de couple ?
    Encore merci, et bonne chance, vous faites preuve d’une réelle qualité d’empathie amoureuse, vous ne dites pas non avant d’avoir essayé de le suivre dans ses chemins. Mais oui, vous avez raison, parfois il y a des limites.

  3. Lorili
    18 mars 2018 - 19:08

    Bonjour, M. Kaufmann,
    Je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre. Je suis navrée de m’être précipitée et d’avoir posté un témoignage avant le lancement des appels à témoignages. Excusez-moi.
    Vos observations sont très justes, et je suis moi-même consciente du paradoxe dans lequel je me suis trouvée : comment se fait-il que, tout en me sentant très libre de parler avec mon mari, je n’aie pas été capable de lui dire à quel point ces soirées étaient contraire à mon plaisir ? La honte de ne pas correspondre au modèle de femme prôné par les films porno ? La peur qu’il ne m’abandonne ? Il y a, ici, une question qui me taraude depuis longtemps. Il a souvent été question entre nous d’une idée rapportée de ses séminaires en sexologie, à savoir que, si la femme a moins d’appétit sexuelle que l’homme (est-ce vrai, d’abord ?), c’est le résultat d’un très long refoulement de son désir et qu’il suffit de lui en donner l’occasion pour que la femme retrouve une sexualité « naturelle ». Lors de ces mêmes séances, il a également souvent été dit, sur un ton un peu méprisant, que la femme a tendance à confondre les « sentiments » avec le plaisir ; pour se libérer de son refoulement la femme doit séparer sa capacité de resentir un plaisir physique de toute une conception construite, plus ou moins idéalisée, de l’amour, reçue à travers l’éducation. Autrement dit, que le modèle féminin du plaisir ne serait qu’une construction sociale idéalisée qui l’amènerait à ne plus pouvoir percevoir son vrai désir charnel en le sublimant vers des idées romantiques à l’eau de rose. Bizarre : c’est un homme qui disait cela ! Mais je rêve : on est tombé dans une refonte du mythe de : « la femme, il faut la forcer parce que, même quand elle dit ‘non’, en réalité elle désir être violée » ! Évidemment, dans cette théorie, c’est l’homme qui est dans le « vrai », c’est lui que la femme doit émuler si elle veut développer une sexualité pleine, mûre et satisfaisante ! C’est lui qui va la prendre par la main – pauvre ignorante – et la mener, par ses soins compréhensifs (qui, en passant, lui permettent d’assouvir ses propres désirs d’homme) vers la plénitude ! Et moi de répondre : « Et si c’était le contraire ? ». Et si l’idée que se font les hommes de leur propre désir était une construction idéalisée ? Je n’ai pas de réponse, mais je soupçonne que, si le modèle dominant de la sexualité féminine est acquis culturellement, le modèle masculin ne l’est pas moins. Vous avez raison : je trouve pénible l’injonction permanente de « réussir » sa sexualité, et ce qui ne cesse de me surprendre c’est notre tendance à indexer sur la fréquence de copulation la qualité d’une relation affective profonde.
    Vous me demandez si la sexualité a pris une trop grande place dans ma vie de couple. Je répondrai en disant que je regrette que mon mari ne trouve aucune source de jouissance et de contact social autre que la sexualité. Il se dit hédoniste. Mais il passe à côté de tout un éventail d’autres plaisirs parce qu’il réduit son champ d’exploration à la sexualité. Ce n’est pas dans notre couple que la sexualité a pris une trop grande place ; c’est dans sa vie.
    Vous me demandez, également, si les femmes voudraient parfois ne pas faire tout passer par la sexualité dans le couple. Ce n’est pas exactement ça. Ce que je voudrais, plutôt, c’est que les femmes précisent davantage ce qu’elles attendent de leur sexualité, comment elles conçoivent une vie sexuelle pleine et satisfaisante et quelle place elles voudraient que cette sexualité occupe dans leur existence. Pour ma part, je pense que la façon dont on pense un phénomène colore l’expérience qu’on peut en avoir. Et, à mon avis, on devrait donner à tous ces gestes, – entre adultes consentants – dont l’objet est de procurer du plaisir, un rôle bien plus prépondérant dans notre regard sur la sexualité, et donc dans notre expérience. De ce point de vue, oui, beaucoup de choses peuvent passer par la sexualité, mais cette sexualité peut – ou non – comprendre le coït. En agrandissant la zone d’éclairage du projecteur de façon à inclure plus de sensations jouissives, on se rend compte qu’il y a beaucoup de moments sexuels tout au long d’une journée et qu’ils sont tous merveilleux !
    Ce qui m’amène à votre troisième question : c’est ce changement de point focal qui permet à mon mari d’avoir une sexualité pleine malgré son manque d’érection. Il ne vit pas cette situation avec frustration parce qu’il considère qu’une vie sexuelle pleine n’a pas besoin d’être accompagnée de pénétration vaginale. Il explore donc tous les autres moyens de satisfaire et de se satisfaire et, bien entendu, il a son plaisir intense, ses éjaculations et ses orgasmes.
    Avec toute ma considération.
    Lorili.

  4. 20 mars 2018 - 15:32

    Lorili,

    Vous n’avez surtout pas à vous excuser, c’est moi qui aie ouvert l’onglet d’enquête avant que ne soit lancé l’appel à témoignages. Pas de problèmes, ainsi nous avons du temps pour échanger tranquillement, et plus tard il y aura des réactions à ce que vous dites.
    Vote dernier témoignage pose une question d’ordre général. Dans les médias, s’impose un nouveau modèle de la femme moderne, qui doit afficher désormais une sexualité libérée, son aisance à en parler, etc. Or on constate que lors des premières rencontres ce n’est pas si simple, MeToo et Balancetonporc montrent que le jeu de rôle traditionnel est encore à l’œuvre et qu’une femme qui affiche trop ouvertement ses désirs peut être stigmatisée, donc ce nouveau modèle peut la piéger. Et dans le couple, après des années de vie commune, il est fréquent que le désir féminin baisse parce que le partenaire fait moins rêver (alors que les hommes séparent beaucoup plus facilement sexe et sentiments), ce modèle encore une fois, est donc en décalage avec ce qui est vécu. Pourtant il n’a sans doute rien d’artificiel quand on voit le succès de livres comme 50 nuances de Grey ou la new romance d’Ana Todd. Comme si le sexe ne trouvait que difficilement les conditions de s réalisation pour les femmes.
    Autre question : on parlait autrefois de « devoir conjugal », mais ne sommes-nous pas encore en pleine période de devoir conjugal pour les femmes, celles-ci préférant accepter des sollicitations plus fréquentes qu’elles ne le souhaiteraient provenant de leur mari, cela ne leur coûtant pas trop, pour éviter qu’il ne soit insatisfait, ou pire, qu’il aille voir ailleurs. Vous-même, si j’ai bien compris, vous dites qu’au début cela ne semblait pas trop vous coûter, et que vous aviez l’impression qu’il fallait que vous fassiez des efforts. Ce n’est qu’ensuite que vous avez compris qu’il vous poussait à construire quelque chose qui n’était pas satisfaisant. Nous sommes là au cœur de ce que l’on appelle la « zone grise », où les femmes ne manifestent pas véritablement de refus (souvent tout simplement par amour) mais ne sont pas vraiment consentantes.

  5. meg
    23 mars 2018 - 08:52

    je suis avec mon mari depuis l’age de 16 ans aujourd’hui cela fait plus de 35 ans on vient d’une famille nombreuse et on c’est connu par la fenetre de notre batiment hlm .Moi j’étais d’une famille catholique tres pratiquante et lui d’une famille d’immigrer tres ouvert .
    On est tombé amoureux car physiquement il etait tres tres beau et me trouvé la plus belle nous avons eu un coup de foudre on c’est vu en cachette des le premier jour il voulait se marié avec moi .On a decouvert l’amour ensemble la passion les interdit car ma

  6. Lorili
    24 mars 2018 - 09:56

    Bonjour, M. Kaufmann,
    La contradition est partout et je sens que, culturellement, la femme est attrapée entre deux messages très forts : « fais-le mais ne le fais pas », applicable, d’ailleurs dans beaucoup d’autres domaines que la sexualité. Et j’ai l’impression que la liberté sexuelle est réservée surtout aux femmes qui ne vivent pas en couple. Mais je pense qu’il y a des forces à l’oeuvre qui sont beaucoup plus subtiles que le poids de la tradition. Je connais très peu de couples qui ont ouvertement décidé, comme mon mari et moi, que l’un, ou les deux, peuvent avoir des relations extramatrimoniales sans provoquer l’éclatement du couple. Même parmi nos amis échangistes, il y en a qui sont choqués par notre démarche ! De fait, je constate que, dans le milieu échangiste que nous avons fréquenté – qu’il fréquente toujours –, il y a autant de disputes dues à la jalousie et l’infidélité que dans un mmilieu non-échangiste : des membres d’un couple qui ont, à l’insu de l’autre, des relations avec un/e autre, des disputes parce qu’un membre d’un couple a regardé de travers quelqu’un d’autre, etc. Mais, avec mon mari, on a pris cette décision : intellectuellement, j’accepte tout à fait qu’on puisse avoir des relations avec quelqu’un d’autre que son compagnon ou sa compagne, que le fait de « faire l’amour » avec un autre ou une autre ne signifie pas qu’on en est « amoureux/se ». Et je sais, que le polyamour existe et j’admets qu’on puisse être amoureux de plus d’une personne. J’en ai des preuves tous les jours : mon mari n’a pas cessé de me donner quotidiennement des preuves de tendresse et de complicité, ni moi à lui. Et je sais que je pourrais chercher à avoir un amant de mon côté. Mais voilà : je ne le « désire » pas. Ce n’est pas que je ne veuille pas, mais je ne trouve pas, sur mon chemin, de personne qui fasse surgir en moi ce « désir ».
    Je dois dire que je ne suis peut-être pas très représentative d’une majorité de femmes. Vous parlez des conditions difficiles de réalisation du sexe pour les femmes. Je suis arrivée à ma propre sexualité sur le tard, et j’ai toujours été troublée par ce mot « désir ». Est-ce qu’il s’agit d’une force qui jaillit à l’intérieur de soi et qui, impossible à freiner, pousse à la recherche de l’assouvissement, comme une démangeaison extrèmenent forte, comme je crois qu’on voudrait nous faire penser ? Ou est-ce qu’on désir l’interaction sexuelle comme on désire une tranche de pain grillé pour le petit déjeuner ? Est-ce qu’il faut le provoquer, ce désir ou est-ce qu’il vient tout seul ? J’ai eu, avec mon mari, des expériences sexuelles extrêmement jouissives. Nous n’avons jamais fait l’amour tous les jours, mais, quand nous le faisions, nos ébats étaient longs et très libérateurs. À la fin, j’avais l’impression de flotter et son visage à lui devenait lumineux, comme s’il était éclairé de l’intérieur. Cela nous arrive encore, mais moins souvent et pas toujours avec la même intensité. Mais je ne me suis jamais sentie portée par un « désir » inexorable ni par un besoin irrépréssible de faire l’amour. Mon excitation est toujours, depuis les premières années, venue en commençant nos ébats. Elle venait très vite, il est vrai, et c’est encore le cas – je sais très bien comment provoquer mon excitation. Mais j’ai l’impression que ceci contraste avec le désir masculin qui, lui, n’a pas l’air d’avoir besoin d’être stimulé par autre chose que la vue ou la pensée d’une personne désirable. Il est, ou il n’est pas. Est-ce que j’ai raison ? Et s’il n’existe pas d’une façon automatique, c’est considéré comme une pathologie. En plus, il doit être suivi par un passage à l’acte, alors que, pour moi, le simple fait de sentir mon excitation est déjà une jouissance, qu’elle soit suivie ou non d’ébats amoureux.
    Je ne sais pas si je suis en train de répondre à vos questions de manière satisfaisante. Mais, pour éviter que ceci ne devienne très long, je m’arrête là. Je crois que ce que je suis en train de dire est que je considère que j’ai une sexualité normale, pleine, mais que je ne ressent pas le « désir » à la manière dont je comprends que d’autres personnes le font, et cela me trouble. Et, oui, il m’est arrivé, donc, de commencer des ébats amoureux pour répondre au « devoir conjugal », mais après, en faisant l’amour avec mon mari, j’ai toujours joui.

  7. 25 mars 2018 - 15:49

    Lorili,

    Ce que vous dites est très clair, et très intéressant, notamment cette dernière phrase, sur les ébats commencés un peu comme un devoir conjugal puis débouchant sur le plaisir et la jouissance. Cela ne clarifie pas la question du consentement, de ce que l’on appelle la zone grise, où l’on ne sait pas toujours très bien quels sont les désirs de l’un et de l’autre, qui est au cœur de mon enquête. Votre situation illustre comment le non-consentement n’est pas toujours un refus. S’il vous avait fallu exprimer explicitement un consentement, pensez-vous que souvent vous auriez pu exprimer un refus, dire que vous préfériez ne pas faire l’amour ? Avez-vous en tête au tout début de vos échanges que votre désir se forme « en cours de route » et qu’il vous faut d’une certaine manière vous forcer un peu ? Ou bien parfois avez-vous accepté uniquement par devoir (avant d’être heureusement surprise par la suite) ?

  8. sophie
    28 mars 2018 - 16:26

    Bonjour,
    Lorsque j’ai commencé mon couple avec mon mari, nous avions une vie sexuelle très riche. Cela a duré 4 ans. Mon mari a fait alors un burn out, et une dépression. Depuis lors, son désir sexuel a été très chahuté. Les rapports se sont espacés, les problèmes d’érection aggravés. Puis la prise d’un médicament a terminé de massacrer notre vie sexuelle, en le castrant chimiquement. Au final, je crois que cette prise a été salutaire pour lui : se retrancher derrière cette médication est finalement la meilleure façon de me signifier que je ne dois plus tenter d’expériences. Cela a eu des répercussions énormes sur notre couple. Nous sommes aujourd’hui seulement un couple parental et il se dit absolument satisfait. Il sait que ce n’est pas mon cas, mais je crois que c’est trop difficile pour lui d’affronter cela, et préfère fuir et nier toutes les tentatives de guérison conjugale de je lui demande. Je me sens sacrifiée, niée et absolument frustrée. J’aime cet homme, j’ai une libido très en forme, et je ne peux plus l’approcher. Les écrans ont remplacé l’intimité. Je vais me coucher seule et me lève souvent seule aussi, nos horaires se sont décalés.
    J’ai pendant cette aventure pris 10KG, je crois que je me suis protégée d’être une femme. En m’enveloppant, je me trouvais trop moche pour me laisser séduire. Après un travail thérapeutique, je me reconnecte à ma féminité, et envisage sérieusement de reprendre ma vie de femme en mains.
    L’arrêt de la libido n’est pas toujours une affaire de femmes. Pour moi, c’est une véritable douleur et injustice, j’adorais faire l’amour avec lui, avant que le stress ne vienne envahir notre lit.

    J’espère que l’accent ne sera pas mis que sur les femmes en matière de perte de libido : car dans mon cas, c’est le contraire.

    Merci pour vos enquêtes !

  9. Bianca
    28 mars 2018 - 19:05

    Bonjour Mr Kaufmann,
    J’ai vécu pendant 13 ans avec le père de mes enfants.Nous nous sommes rencontrés jeunes (17 ans pour moi et 21 ans pour lui). Nous n’avions jamais eu de partenaire sexuel avant. C’était la première fois pour tous les 2. C’était magique, excitant, fréquent, fougueux, passionné les deux premières années, puis plus irrégulier avec le temps. Cela ne nous a pas empêché de nous marier au bout de 7 ans, d’avoir deux enfants. Mais après la naissance de notre premier enfant, je n’avais plus envie de faire l’amour. Nous sommes restés un an sans rapports.Je ressentais du dégoût pourtant l’amour était là. Puis on a eu notre deuxième enfant. Nous n’avons pas eu besoin de beaucoup de rapports pour que je tombe enceinte. Avec le temps, je me suis dit qu’il en aurait marre de ne pas avoir de relations sexuelles plus “régulières”, mais cela ne semblait pas le perturber plus que ça. Notre petite vie était propre et bien rangée.
    Jusqu’à ce que mes sentiments se mettent à faiblir, puis dans cette période de faiblesse, j’ai rencontré un autre homme avec qui il ne s’est rien passé. Nous avons passé des semaines à faire connaissance, et j’ai annoncé à mon mari que je voulais divorcer.
    Le cataclysme!
    Nous avons entamé une procédure de divorce et je me mettais en couple avec cet autre homme 6 mois plus tard. Je vous avouerai que la culpabilité était d’un poids écrasant, et j’en ressens encore,7 ans après, des soubresauts.
    Je vis avec cet homme depuis bientôt 7 ans. Le début de notre relation a été difficile ( il est assez “sanguin”) mais passionnelle, charnelle. Je découvrais une sexualité que je m’interdisais, il me donnait confiance en moi, me réconfortait dans ma manière de faire certaines choses… Alors que lui avait connu d’autres partenaires sexuels et était plutôt gourmand d’ailleurs avec sa dernière compagne. J’avais donc l’impression de ne pas toujours être à la hauteur, refusant certains actes qu’elle acceptait avant.
    Malgré le réconfort de mon compagnon, j’ai toujours eu des doutes quant à sa satisfaction sexuelle, bien qu’il ait découvert avec moi que le plaisir pouvait aussi s’en tenir à des actes sans pénétration, des caresses, des moments de tendresse, de complicité, de découverte des corps.
    Puis avec le temps, nos rapports sont de moins en moins fréquents. Il me dit qu’il n’a plus forcément besoin de sexe pour être “bien”.
    J’avoue que parfois j’aimerai qu’il me force un peu, comme si je n’attendais que ça! Et quand il essaie de me forcer un peu, je lui résiste lui disant que je n’ai pas forcément envie, que je suis fatiguée, ou pas bien en ce moment… Comme si j’installais un jeu entre nous…
    Je crois aujourd’hui,que la sexualité fait partie du couple, cependant, je pense aussi que les couples qui décident de ne pas avoir de rapports sexuels n’en sont pas plus malheureux. Je reste aujourd’hui persuadée que tout est question de choix, d’envie, de compréhension de l’autre, de confiance.
    Il nous est arrivé quelques fois d’avoir des rapports où il m’a “forcé”, après une dispute. Les premières minutes étaient difficiles,puis je crois que c’est dans ces relations que j’ai éprouvé le plus de plaisir! Contradictoire, n’est-ce pas? Je m’interroge finalement sur ce qu’un homme attend dans une relation et sur ce que la femme attend. Comme si finalement nous les femmes, avions des fantasmes qu’on n’oserait avouer parfois…

  10. Olivier
    28 mars 2018 - 21:02

    Avant d’être avec ma femme actuelle j’ai vécu avec une autre qui ne voulait pas systématiquement faire l’amour quand j’en avais envie. Comme j’étais jeune et ardent, c’était difficile à réprimer. J’attendais alors qu’elle s’endorme puis je commençais à la caresser et dans son sommeil elle se relâchait et cédait au plaisir, parfois intensément. Je garde un très bon souvenir de ces moments volés où je réussissais à éveiller en elle la femme sauvage et sexuelle qu’elle n’acceptait pas d’être volontairement. Encore aujourd’hui avec mon épouse actuelle j’aime particulièrement quand elle se montre passive. Mais pas seulement, ça me lasse aussi, j’ai besoin qu’elle s’emballe de temps en temps. Elle accepte presque toujours de faire l’amour, elle est généreuse et plutôt voluptueuse. Mais quelque fois elle fait juste ça par tendresse pour moi, par résignation et j’aime beaucoup cela, j’y vois un dévouement et un don de soi qui me touche et qui fait qu’à mon tour j’ai envie de me dévouer pour elle dans d’autres domaines. Nous sommes en quelque sorte au service l’un de l’autre pour le sexe comme pour le reste.

    Depuis peu j’aime aussi faire l’amour avec elle distraitement tout en poursuivant une conversation courante, comme on le ferait un peignant la chevelure de l’autre. Ou bien pendant qu’elle lit, car elle lit chaque soir, avant (pendant) ou après l’amour… Cette sorte de rapport charnel à peine sexuel mais qui finit par prendre le dessus.

    Ce que je veux exprimer en fait c’est que le consentement, le lien et le plaisir ce n’est pas la même chose. Cela fait parfois du bien de n’être rien que chair, de n’avoir pas d’avis à donner, pas d’accord à donner, de n’avoir qu’à s’abandonner à un vouloir extérieur dont on devient l’objet flottant, quelque fois délicieusement flottant. Consentir toujours à tout c’est fatigant. Savoir ce que l’autre va faire de nous et s’y rendre sans passer par la case du “moi je” …

    Si je refuse à la suite d’une fâcherie de faire l’amour avec ma femme qui a besoin de cela pour se rassurer et de renouer avec moi, c’est elle qui me poursuit tyranniquement. C’est rare qu’elle accepte mes refus, mes refus l’angoissent et intérieurement, sans le lui avouer, je compte bien sur son insistance car je me sens valorisé qu’à son tour elle dévoile sa dépendance à mon égard et son animalité qui es le plus souvent recouverte par la mienne qui est évidente.

    Je me sens en fait un adepte de la zone grise que je trouve plus rose que grise. Et un peu de rose ne fait pas de mal pour alléger un peu le rouge de la passion. Le rose sied bien aux petits jours des petites semaines…

  11. 29 mars 2018 - 09:12

    Sophie,

    Votre témoignage est très important car même si dans la majorité des cas le décalage de libido est dans le sens d’une libido plus importante pour les hommes, il existe aussi la situation inverse, et la vôtre est assez dramatique. Si je comprends bien, votre mari était face à l’angoisse de ne pas avoir d’érection, et la castration chimique l’a délivré de cette angoisse, c’est pour lui le plus important. Alors que pour vous, au-delà de l’absence de plaisir sexuel, vous vous sentez niée. Le lit conjugal a d’abord été le lieu du stress pour lui, et maintenant c’est pour vous ! Le lit ne devait jamais être le lieu du stress ! Il ne devrait être que le lieu de la détente et du plaisir, sans contraintes, dans une ambiance de complicité et de tendresse.
    Question : ses problèmes sont uniquement d’érection ou plus largement d’absence de désir ? Il semble que vous n’avez pas essayé de compenser l’absence d’érection par des jeux de caresses. Que s’est-il passé dans sa tête à votre avis ? Etait-il si malheureux qu’il a préféré opter pour un refus de toute sexualité ? Mais que vous avez interprété comme un refus de vous-même, de votre personne, de votre féminité ?

  12. 29 mars 2018 - 09:34

    Bianca

    Votre témoignage est très étonnant, merci. Vous faites état d’une variation de votre désir, de votre libido, qui est assez exceptionnelle, passant d’échanges fougueux, fréquents et très appréciés, à des situations où vous évoquez la possibilité d’une plénitude conjugale sans trop de sexe voire pas du tout. J’aurais mille questions à vous poser (comment est apparu le dégoût pour votre premier mari par exemple, après la naissance du bébé, ou sur l’impression, terriblement répandue aujourd’hui, de ne pas « être à la hauteur », ou sur les détails que vous avez appris sur la partenaire précédente de votre second compagnon, c’est lui qui vous les avait expliqués ?), mais je n’en choisis qu’une, qui pour le moment me semble la plus importante, sur le désir secret d’être forcée (vous évoquez des fantasmes inavouables, c’est de cela qu’il s’agit ?). Car nous sommes là à l’exact opposé du consentement. Vous dites bien qu’il s’agit d’un jeu, mais pour qu’il fonctionne, il faut que cela passe par le fait qu’il vous force un peu et que vous donniez l’impression de résister un peu. Vous dites que tout cela est dans le cadre d’une sexualité qui s’est un peu endormie, c’est une manière de la réveiller ? Ceci est très important, car nous devons faire le clair sur le consentement, alors qu’il n’est pas certain que tout le monde le souhaite.

  13. 29 mars 2018 - 09:39

    A tous,

    Cette enquête ne fait que commencer, à partir de quelques témoignages, très divers et déjà passionnantes. N’hésitez pas à intervenir pour poser des questions aux uns, aux unes et aux autres, à poster vos commentaires sur les témoignages. Je ne suis pas le seul à intervenir, l’idéal est que cet espace devienne un lieu de dialogue très libre sur le thème de l’enquête, où chacun se sente chez soi, en confiance.

  14. 29 mars 2018 - 10:03

    Olivier,

    Votre femme est une très grande lectrice, ne pas décrocher de son roman pendant que vous lui faite l’amour n’est pas un exploit qui est donné à tout le monde ! Je plaisante, mais ce que vous dites est très riche et pose bien des questions par rapport à une vison rigide, en noir et blanc, du consentement, qui en plus, comme vous le dites, demande une activité mentale, une sécheresse intellectuelle, qui est bien loin des plaisirs profonds du soi qui s’oublie dans la chair. Les questions que j’ai à vous poser sont un peu difficiles, car j’aimerais que vous essayiez d’interpréter ce qui se passe dans sa tête. Eprouve-t-elle selon vous un vrai plaisir à ce type de fonctionnement entre vous ? Un plaisir à cette sorte de dédoublement de la personnalité (elle lit, et fait l’amour en même temps) ? Un plaisir aussi parce qu’elle se donne d’abord par générosité comme vous le dites, en échanges d’autre choses que vous apportez dans le couple, mais ensuite éprouve un plaisir plus direct ?
    Autre aspect intéressant de votre témoignage : dans beaucoup de couples, comme dans le vôtre, il y a un décalage de libido, et comme dans le vôtre (mais pas toujours, voir Sophie) c’est l’homme qui en demande le plus. Mais même dans cette situation parfois le rapport s’inverse, comme vous l’expliquez, et vous dites très bien que c’est un moment important pour vous. Le désir est donc infiniment plus variable qu’on ne l’imagine. Surtout du côté féminin ?

  15. Sophie
    30 mars 2018 - 07:36

    Jean Claude, Je réponds à vos questions plus haut : Je crois sincèrement que la problématique de mon mari est ancienne. Dans le récit de sa vie, il exprime beaucoup de difficultés avec les femmes, et la relation avec son ex femme a aussi été chaotique. Il refuse toute forme de sublimation sexuelle. Massage, danse. j’ai essayé de lui proposer pas mal de solutions, nous avons aussi consulté mais le con chez qui nous sommes allés est entré en alliance avec lui, sans approfondir la matière, alors que c’était un sexologue, sa réponse a été ; s’il ne veut plus, il faut le laisser tranquille, faites chambre à part !. La relation d’adulte à adulte semble difficile entre nous. Je crois que nous sommes rentrés depuis sa dépression dans une dyade nourrisson -nourricière. Et on ne peut désirer son parent dans cette dynamique. Il y a énormément d’amour entre nous, mais cela ne s’échange pas sur le fond adulte. Pour moi, voilà ce qu’il s’est passé. J’ai d’abord pris 10KG. Un travail thérapeutique d’un an dans un groupe de thérapie pour mincir, m’a fait prendre conscience que je me protégeais d’autres hommes : en niant ma féminité, je ne me sentais pas poussée vers l’extérieur. Lorsque j’ai compris cela, j’ai commencé à maigrir et faire le point sur toutes les choses que j’accepte et qui ne sont pas acceptables : un de mes métiers, et aussi, le fait de ne plus être une femme désirée et désirante. C’est clairement la blessure la plus difficile de ma vie, car notre vie de couple a démarré sur une sexualité très nourrie ! Je ne lui en veux pas, je ne lui en parle que très peu, car c’est déjà très difficile pour lui, et j’ai donc autour de moi, des professionnels qui m’encadrent pour rester en équilibre dans tout cela. Pour moi, il est clair que l’amour se conjugue dans la sexualité, il a fallu comprendre et croire en son amour, sans sexualité; Cela n’a pas été facile. Mais je suis sur le chemin. Et donc, je me reconnecte à moi même et aujourd’hui, je prends en compte la séduction (je la vois et la ressens) et je me ressens peu à peu une femme.

  16. Sophie
    30 mars 2018 - 07:37

    Je continue l’enquête par e-mail, ce sera plus suivi pour moi, si vous avez encore des questions.

  17. Angele
    30 mars 2018 - 15:28

    25 ans de mariage, 2 enfants.. Grosse remise en question de ma part : suis-je heureuse ? Je sens bien depuis plusieurs années ces petits grains de sable qui s’installent et enrayent petit à petit la machine du couple. Plus de désir sexuel pour ma part depuis… la naissance du premier enfant… cela fait 20 ans. Pendant 18 ans, je me suis plus ou moins forcée à faire l’amour ; les rapports étaient toujours concentrés sur son plaisir à lui, et je crois que plus les années avançaient, et plus je faisais en sorte qu’il prenne vite son plaisir pour que ça se termine rapidement. Je n’ai jamais su lui dire ce dont j’avais envie/besoin ou je n’ai pas osé, aussi. Aller se coucher était par moments devenu un calvaire car dès le matin, je me disais « allez ce soir, tu fais un effort, tu fais l’amour » et quand le soir venait, je ressentais comme une boule au ventre.. je n’en avais pas envie… Il ne m’a jamais forcée, il était juste quelquefois insistant, me disant que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de rapports ou qu’il avait très envie de moi… et donc moi je me sentais coupable de ne pas lui donner ce qu’il voulait…. Et puis, un jour, on a eu un rapport et là j’ai eu un déclic et je me suis dit non, ça suffit ; je ne peux plus accepter de me forcer, ce n’est pas me respecter moi-même. Depuis 2 ans nous n’avons plus de rapports sexuels ; je lui ai dit clairement que je n’avais plus envie de lui et que je ne voulais plus me forcer. Nous faisons toujours lit commun mais nous n’avons aucun contact ; je dors au bord du lit, comme au bord du vide… je n’arrive même plus à l’effleurer. Je pense à la séparation car une vie de couple sans sexualité ne me parait pas possible. Je ne sais pas comment il fait pour tenir de son côté car il m’a dit ne pas avoir eu de relations extra conjugales. De mon côté, je me croyais frigide, je pensais que je n’aimais plus faire l’amour et j’ai rencontré une personne qui m’a prouvé le contraire. Renouer avec des sensations fortes, charnelles me fait du bien et surtout me fait sentir femme. Cette relation est complètement instable et sporadique mais les quelques moments où je peux en profiter me font renaitre à mon corps et, ressentir à nouveau du désir est une (re)découverte fabuleuse. Ce que je retire de ces expériences, c’est qu’il faut parler dans le couple, parler de ses désirs, sans tabou car s’enfermer dans le silence parce qu’on n’ose pas dire mène droit dans le mur ; j’ai eu le courage de me remettre en question et même si ma vie est beaucoup plus inconfortable qu’avant et incertaine par rapport à l’avenir, je me dis que j’ai bien fait de mettre tout ça sur la table car au moins, je suis en accord avec moi-même et c’est le plus important. Il y a toujours le regret de ne pas avoir réagi plus tôt mais sans doute n’étais-je pas prête…

  18. 1 avril 2018 - 14:27

    Angèle,
    Votre témoignage en confirme d’autres : il illustre combien chez beaucoup de femmes le désir peut être extrêmement variable. Vous dites vous-même que vous avez été surprise de le voir renaître à ce point (vous pensiez être devenue frigide) à l’occasion d’une nouvelle rencontre. Pour le moment, j’ai surtout deux questions :
    1. Comment le désir a-t-il disparu avec votre mari ? Vous dites que c’est à l’occasion de la première naissance, mais cela n’avait-il pas commencé à faiblir déjà avant ? Je remarque que chez beaucoup de femmes (c’est beaucoup moins net chez les hommes), la baisse du désir est liée à une sorte de fatigue du couple, à une insatisfaction latente, à une sorte de perte du rêve sentimental. Mais dans votre cas, c’était très fort. Certaines femmes perdent le désir tout en maintenant un bon compagnonnage avec leur mari, l’envie de rester ensemble et même de « s’aimer ». Cela ne semble pas votre cas. La perte du désir n’a été que le premier pas qui vous amène aujourd’hui à l’idée d’une séparation, un premier signal, un révélateur ?
    2. Comment expliquez-vous que vous n’ayez pas eu conscience de ce retour possible du désir physique, charnel ? Vous ne ressentiez pas cette possibilité à l’aide de fantasmes par exemple, il a fallu cette rencontre ? Cette rencontre a été placée dès le début sous l’angle de la sexualité ?

  19. Richard
    2 avril 2018 - 19:09

    Bonjour,
    J’ai 60 ans, je suis divorcé depuis deux ans et demi, après 25 ans de mariage. Mais, le climat entre mon ex-épouse et moi s’est dégradé à partir de 20 ans de mariage, et nous avons fait l’amour pour la dernière fois au bout de 22 ans de mariage et avons continué à dormir dans le même lit environ un an ensuite.

    Rosine et moi nous sommes mariés alors que j’avais 33 ans, et elle 27. Elle est issue d’une famille de la bourgeoisie traditionnelle rurale catholique. Rosine avait connu (au sens charnel) deux ou trois hommes avant moi, dont un fiancé qui était décédé dans un accident de voiture. Moi, je suis issu d’une bourgeoisie parisienne catholique plutôt intellectuelle, et j’ai connu 3 femmes avant Rosine, ma vie sexuelle a commencé tard, vers l’âge de 21 ans, car j’étais timide avec les filles et j’avais évolué dans un monde plutôt masculin, ayant fait ma scolarité dans un établissement catholique parisien assez rigide et non mixte.

    Après le décès de son fiancé, Rosine est partie comme jeune fille au pair aux Pays-Bas pour se changer les idées. Je la connaissais déjà, car elle était, avant cet évènement tragique, une amie proche de ma copine (je ne vois pas d’autre mot pour la nommer) d’alors, avec laquelle je devais me marier, mariage qui ne s’est finalement pas fait. Quand Rosine est revenue des Pays-Bas, j’ai cherché à la revoir car elle me plaisait beaucoup. Nous avons sympathisé, et avons assez vite commencé une relation amoureuse. Moi j’étais attiré par elle, et aussi assez amoureux, et elle très amoureuse, et nous avons vite parlé de mariage ; elle voulait des enfants et moi aussi, je déménageais dans une autre région pour mon travail, et nous nous sommes retrouvés mariés en 6 mois. Moi, je souhaitais que nous vivions ensemble avant de nous engager, elle disait qu’elle était « sure », je me suis donc un peu laissé faire. Au début de notre relation, alors que nous nous limitions à des baisers, elle m’avait fait part de son souhait d’attendre le mariage pour faire l’amour. Moi, je lui avais expliqué que j’étais capable d’attendre, mais que je n’en voyais pas l’intérêt. Finalement, assez vite, nous avons eu des relations sexuelles.

    Elle aimait vraiment faire l’amour, et me sollicitait parfois elle-même, elle n’était pas coincée, sauf en paroles où elle avait mal à dire ce qu’elle aimait et ce qu’elle n’aimait pas. Mais j’étais moi-même un peu comme ça, si bien que nous avons mis du temps à bien connaître les aspirations de l’autre en matière sexuelle. Notre entente sexuelle était bonne, mais elle était donc un peu pauvre en échanges verbaux (elle m’avait dit qu’elle aimerait bien que je parle en faisant l’amour, mais moi ne n’y arrivais pas, et elle ne s’exprimait pas vraiment non plus en fait). En y repensant, ce qui manquait, c’était la tendresse. Nos échanges de tendresse étaient limités et pauvres, ou peut-être plutôt contenus, et nous étions sans doute tous deux inhibés sur ce plan là, ce qui reflète sans doute les difficultés de communication que nous avons eues et qui ont abouti à la séparation, et c’est finalement elle qui a demandé le divorce. En fait elle a refusé pendant plusieurs années de faire une thérapie de couple que je souhaitais ardemment, ne voyant pas d’autre façon de sauver notre couple qui se dégradait gravement. J’avais fini par lui dire que dans ce cas la seule solution était de divorcer, car nous étions dans une impasse. Je crois encore aujourd’hui qu’une thérapie aurait pu sauver notre couple. Elle, incapable d’assumer son désir d’en finir avec moi, a prétexté qu’elle avait demandé le divorce car je voulais divorcer et que je ne faisais pas la démarche. Il faut préciser que je n’étais ni violent, ni alcoolique, ni volage, et que j’avais des revenus confortables alors qu’elle n’avait qu’un salaire presque dérisoire. J’écris cela pour montrer son incroyable motivation pour divorcer malgré tous les inconvénients que ledit divorce allait lui apporter. Mais elle s’en tire finalement assez bien, d’une part matériellement car elle a eu une énorme prestation compensatoire (nous avons eu trois enfants, et notre dernier a eu 18 ans quelques semaines après le divorce), et elle a retrouvé quelqu’un assez vite, tandis que deux ans et demi après le divorce je suis encore moi-même profondément affecté au point d’être incapable d’avoir une relation amoureuse (j’ai tenté deux relations avec des femmes adorables, mais j’ai dû les quitter au bout de deux mois, dévoré que j’étais pas les angoisses, et je rêve encore de Rosine, avec qui j’évite encore tout contact). En sortant du tribunal, j’étais effondré, tandis qu’elle était toute détendue comme si nous étions allés faire une course anodine !

    Sur le plan sexuel, donc, ça se passait plutôt bien. Au début nous faisions l’amour souvent, et c’était vraiment bien, puis avec les enfants, le rythme s’est banalement ralenti, mais c’était toujours bien, si je la sollicitais elle savait refuser sans me blesser, et moi j’en prenais mon parti, allant même jusqu’à me masturber à côté d’elle sans me cacher, ce qui ne la dérangeait pas (et qui me donnait un peu l’impression de faire l’amour avec elle). C’est seulement quand notre entente a décliné qu’elle s’est mise à refuser de plus en plus souvent. J’ai donc fini par lui dire que je ne la solliciterais plus, et que si elle voulait faire l’amour elle n’avait qu’à me le demander. La dernière année avant la fin de notre vie sexuelle commune, nous avons ainsi fait l’amour cinq fois en tout, toujours à son initiative donc. Puis, je lui ai expliqué que je souffrais trop de cette situation, et que désormais, je refuserais de faire l’amour. Et à partir de ce moment-là, elle ne m’a plus fait d’avance. Elle a tout de même cherché à m’aguicher un jour alors que nous étions en instance de divorce, et j’ai fait comme si je ne voyais rien.

    En fait, pendant toute cette période, j’ai pris conscience de mon besoin de tendresse, et d’ailleurs, la dernière fois que nous avons fait l’amour, en août 2012, j’ai tout fait pour lui témoigner un maximum de tendresse, je me suis comporté comme un naufragé qui s’accroche à l’illusion qu’il va s’en sortir alors qu’il est fichu. C’est après ce dernier épisode sexuel (je m’y revois encore), qu’assis sur le lit je lui ai dit « maintenant c’est fini je ne veux plus faire l’amour avec toi, ça me fait trop souffrir »), elle n’a alors fait aucun commentaire.

    Pour en revenir à notre vie sexuelle de la période où notre couple allait plutôt bien (mais cela n’a jamais été le Nirvana entre nous), et où elle prenait relativement souvent l’initiative de rapprochements sexuels, je n’ai refusé ses avances qu’une fois (et j’en étais bien désolé), car je m’étais masturbé 20 minutes avant et j’étais incapable d’assurer (j’avais 50 ans), elle était à la fois stupéfaite et très déçue. Et, quand c’était elle qui refusait mes avances, elle était généralement vraiment désolée, alors que je n’ai jamais, autant que je m’en souvienne, eu le moindre reproche à son égard dans ces situations.

    Quand j’y repense, une des difficultés, relatives, que nous avions, était qu’elle préférait faire l’amour sans lumière (mais pas forcément dans le noir complet) et sous les draps. Elle n’était pas du tout pudique avec moi, mais elle était frileuse. Et moi, j’adorais voir son corps, et j’adorais qu’elle ne se lave pas avant de faire l’amour (par exemple le soir alors qu’elle s’était lavée le matin), ce qu’elle acceptait très bien. Moi, elle préférait que je me lave avant, si bien que j’ai vite pris l’habitude de me laver systématiquement le soir avant de me coucher. En ce sens nous avions dans ce domaine un respect mutuel que je dirais de bonne qualité. De même, j’ai toujours réussi à la mener à l’orgasme (elle était extrêmement frustrée si elle n’avait pas d’orgasme), après m’être parfois donné un peu de mal, mais je tenais, d’une part parce que souhaitais vraiment qu’elle ait son plaisir, et d’autre part parce que je ne me laissais aller moi-même à l’orgasme qu’ensuite. Après, nous nous enlacions sincèrement et presque tendrement quelques instants. Et même si ce n’était qu’une tendresse furtive et pas vraiment passionnée, c’était quand même de la tendresse, à la mesure de ce que nous étions capables de donner.

    Je crois vraiment que le sexe a eu une grande importance dans notre couple, nous l’avons vécu avec un grand respect mutuel et une entente physique finalement peut-être pas si courante, même au bout de 20 ans de mariage.

    Personnellement j’aurais aimé faire l’amour tous les jours, même dans la période qui a précédé la véritable dégradation de notre relation de couple. Mais dans la meilleure période, après la « lune de miel », c’était une fois par semaine.

  20. 3 avril 2018 - 10:40

    Richard,
    merci pour ce témoignage, long et précis. Pour un couple qui avait du mal à communiquer sur la sexualité, je trouve que vous arriviez malgré tout à vous dire beaucoup de choses, et surtout à concilier des attentes contradictoires, dans un grand respect mutuel. Aujourd’hui encore vous parlez d’elle avec respect (et amour) alors que vous avez souffert du divorce et que souvent dans ce cas on a tendance à transformer l’autre en bouc émissaire.
    Ce qui pose d’autant de questions sur la dégradation qui s’est produite dans votre couple et dans vos relations sexuelles. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Si je comprends bien, votre désir physique à vous est resté toujours à peu près le même (juste un peu moins passionnel qu’au début), jusqu’à la dernière phase, où vous avez ressenti trop de souffrance. Mais comment s’est produite la baisse du désir de son côté à elle ? C’était purement physique ou cela traduisait aussi une baisse d’implication sentimentale pour vous ? Je suis désolé de vous posez brutalement la question ainsi, mais pourquoi tenait-elle moins à vous ? Jusqu’à désirer ce divorce qui comme vous le dites s’annonçait comme matériellement compliqué pour elle. Pour elle le renoncement à la sexualité n’était-il pas que le signal le plus visible qu’elle ne voulait plus continuer le chemin avec vous. Est-ce vous-même qui était en question ou la seconde phase de tout couple, qui est celle d’une certaine banalisation, du confort, de la complicité et de la tendresse, mais sans la surprise et la découverte des débuts. N’est-ce pas cela qui était difficile chez elle et se traduisait particulièrement en manque de désir ?
    Autre question, plus précise, sur le rythme de vos relations. Vous dites que pour elle c’était une fois par semaine alors que vous auriez préféré une fois par jour. Pourtant vous dites aussi que c’est elle qui demandait. Donc vous vous absteniez de toute démarche tant qu’elle ne vous avait pas proposé ? C’était à chaque fois à l’issue d’une demande, ou bien vos relations était inscrites dans une routine régulière, à un moment précis de la semaine ?

  21. Angèle
    5 avril 2018 - 16:36

    Jean-Claude, je crois que le désir sexuel n’a jamais été très fort dans notre relation. Peut être au début, les premières années, mais je crois qu’en effet, même avant les enfants, je m’ennuyais déjà à ce niveau. Issue d’une famille où l’on ne parle pas de sexe, j’ai du mal à dire ce que j’aime comme si j’attendais que mon partenaire le devine. Je crois que c’est l’erreur que nous avons faite : nous n’avons jamais parlé de nos désirs, en termes explicites. Pendant des années, nous avons fait l’amour de la même façon et dès qu’il avait joui (ce qui arrivait de plus en plus tôt au fur et à mesure des années), il s’endormait alors que moi je n’avais rien senti. Je comprends mieux pourquoi, avec le recul, je n’aimais pas faire l’amour avec lui… je n’en tirais aucune satisfaction ; j’avais juste l’impression d’être un outil à sa jouissance. Lui aussi me disait qu’il avait l’impression quelquefois de faire l’amour à une morte tellement je ne montrai aucun signe de désir. Je comprends aussi que mon corps a tellement imprimé ces sensations qu’il ne peut plus se donner à lui … comme je vous le disais, je dors au bord du lit pour ne pas qu’on se touche… C’est pourquoi j’ai très peu d’espoir que le désir avec lui puisse revenir. Qu’en pensez-vous ? La séparation est envisagée de mon côté (difficile pour lui) même si je doute aussi car je sais que c’est un homme bien, correct sur qui je peux compter et avec qui j’ai deux enfants… c’est sécurisant mais s’il n’y a plus de désir, de charnel, je ne vois pas comment continuer ainsi.
    Concernant votre 2è question, cette rencontre s’est en fait déroulée en deux temps. J’ai rencontré cet homme il y a 10 ans un peu par hasard. Il travaillait dans un restaurant où je déjeunais souvent. On se disait juste bonjour et puis un jour, bam, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, j’ai eu un coup au cœur pour lui. Ensuite j’ai changé de quartier et on s’est échangé nos adresses mais ça s’est arrêté là ; quelques échanges par mail et puis plus rien. Depuis ce jour, cet homme n’a jamais quitté mon esprit, je pensais souvent à lui mais je n’osais pas le contacter car je savais que ma vie s’en trouverait bouleversée. J’ai attendu des années et un jour, je lui ai écrit pour couper court à mon fantasme qui devenait de plus en plus présent. Il m’a répondu tout de suite et nous nous sommes revus.. et la relation a commencé comme cela. Les premières fois où nous avons fait l’amour étaient hésitantes mais maintenant à chaque fois que l’on se voit, je ressens un plaisir intense que je n’avais jamais connu. Le seul bémol (et peut être que c’est mieux ainsi ?) est que cet homme est souvent parti et ne donne jamais de nouvelles, ce qui est un peu frustrant. Aujourd’hui, je sens de plus en plus de désir dans mon corps et j’ai très souvent envie de faire l’amour (sauf avec mon mari !) ; je me caresse souvent pour me faire du bien et savoir où je prends le plus de plaisir et je pense aussi à cet homme qui m’a fait renaitre en tant que femme. Je me sens tellement plus épanouie dans mon corps mais il faut que j’avance avec mon mari pour savoir comment envisager la suite.

  22. Lorili
    8 avril 2018 - 18:30

    Bonjour, M. Kaufmann,
    Je suis troublée par ce terme « devoir conjugal » ; je n’ai jamais pensé ma relation avec mon mari dans ces termes. Mais il est vrai que mon regard sur nos échanges génitales est ambigu et moi-même je n’y vois pas trop clair. Je dirais qu’il s’agit d’un mélange de besoin et à la fois de peur et de paresse, et je pense que ceci est en rapport avec beaucoup d’autres choses dans ma vie, depuis l’éducation que j’ai reçue jusqu’à toutes les choses qui me stimulent et me passionnent.
    Dans mon cas, je crois qu’il n’y a jamais eu non-consentement. J’ai toujours été consentante. C’est juste que je n’ai jamais – timidité ? – inicé le jeu. Ceci dit, j’ai dit à mon mari depuis le début que je ne voulais pas « faire l’amour » à l’heure du coucher, parce que c’est le moment où j’ai le moins d’énergie et où je suis le moins à même de jouir. Il a toujours respecté cela – je pense que cela lui était égal –, et nous avons toujours joué le matin ou l’après-midi. J’ai donc été explicite. Il est arrivé une fois que lui aurait voulu et moi non ; je lui ai dit non, je lui ai expliqué pourquoi et c’était tout. Mais nous n’avons jamais, depuis le tout début, joué tous les jours comme je sais qu’il arrive dans d’autres couples. Pendant de longues années, nous avons copulé une fois par semaine et ni lui ni moi nous n’avons exprimé le désir de le faire plus souvent. On en a parlé et il m’a dit qu’il se satisfaisait parfaitement de cet arrangement. S’il avait voulu le faire plus souvent, j’aurais été aussi consentente. En contrepartie, nos jeux étaitent longs – ils pouvaient durer jusqu’à deux heures – et j’en ai toujours été satisfaite.
    Mais il reste la question de la zone grise et l’ambiguïté du « je veux mais je ne veux pas ». Avant de connaître mon mari, j’avais un très grand besoin d’avoir une relation durable avec quelqu’un. Je suis arrivée à la sexualité active très tard et, avant lui, je n’avais eu que quelques expériences très brèves et très insatisfaisantes. Je m’imaginais coucher avec quelqu’un, mais j’avais du mal à imaginer le coït. J’entends souvent dire que la vie en couple est un enfermement, une limitation de la liberté personnelle. Mais, pour moi, cela a été tout à fait le contraire ; c’est avec mon mari que j’ai pu m’épanouir et c’est lui qui a fourni pour moi le nid sûr à partir duquel on peut se lancer à l’assaut de la vie et d’expériences enrichissantes. Il m’a fait découvrir beaucoup de choses et je me suis ouverte à beaucoup d’autres depuis que nous partageons nos vies. Mais, depuis le début, oui, mon désire de coït se formait « en cours de route ». Et je me suis toujours posé beaucoup de questions à ce sujet ; je n’arrive pas à comprendre pourquoi, alors que j’avais toujours une expérience euphorisante avec cet homme, j’avais autant de mal à sentir le désir de recommencer. En fait, je vis très bien sans la copulation génitale. Ce qui est indispensable pour moi c’est TOUT LE RESTE ; je crois que je ne pourrais pas vivre sans les baisers, les étreintes, le toucher, les frottements… et je me demande parfois si l’obsession des êtres humains pour la sexualité pénétrative ne masque pas une recherche de tout le reste, d’être touché, entouré, défini par le contact avec l’autre, comme le bébé qui a besoin d’être touché par la maman. Dans un couple où l’on ne se touche qu’au moment de la copulation, lorsque l’intérêt pour la copulation prend fin, que reste-t-il ?

  23. Jean-Claude Kaufmann
    9 avril 2018 - 08:59

    Angèle,
    Votre situation est très particulière et les solutions ne sont pas simples. Mais il faut vous dire que les problèmes que vous avez à résoudre viennent de quelque chose de positif qui vous est arrivé, cette découverte tardive du désir qui vous fait renaître…mais qui teinte encore plus en gris votre vie conjugale à laquelle vous être pourtant attachée sous certains aspects. C’est comme s’il y avait votre corps d’un côté et votre attachement à votre mari et à vos enfants de l’autre. La seule solution est-elle un choix radical ? N’y aurait-il pas la possibilité de toutes petites améliorations dans votre vie de couple, enclenchant un engrenage positif ? Le problème j’ai l’impression est que vous êtes au-delà de l’absence de désir pour lui, que son corps vous inspire presque du dégout ou au moins un sentiment de rejet. N’est-ce pas là le résultat de cette longue sexualité ratée entre vous deux ?

  24. Angèle
    10 avril 2018 - 13:25

    Jean-Claude, vous dites vrai par “résultat d’une vie sexualité ratée” ; on pourrait également dire “résultat du devoir conjugal”!. J’ai nié mes désirs et besoins sexuels pendant tant d’années qu’aujourd’hui j’ai envie de rattraper tout cela pendant qu’il est encore temps ! Voilà pourquoi je ne vois pas d’autre solution que la séparation (je me refuse à vivre une double vie qui à mon avis rendrait les choses encore plus difficiles). Reste à convaincre mon partenaire que c’est la meilleure chose à faire pour notre épanouissement personnel. Le chemin est ardu mais je ne regrette pas une seconde de m’y être engagée. Je me sens tellement plus vivante.
    Merci de nous donner la parole ; tous les témoignages aussi différents soient-ils montrent à quel point la sexualité est importante au sein du couple et combien il est difficile de la gérer dans la durée…

  25. Bianca
    10 avril 2018 - 22:18

    Mr Kaufmann,

    Je pense en effet, pour revenir sur votre interrogation,que le fait d’être “forcée” reste un jeu. Mon compagnon comprend comment je fonctionne parfois et c’est en effet une manière de réveiller une libido parfois endormie.
    Je suis plutôt “complexée” par la nudité, bien que je sois de taille et de corpulence moyenne. Mon compagnon me trouve désirable et tout à fait à son goût. Mais le manque de confiance en moi fait que je n’ose parfois aller vers lui et proposer des choses un peu plus stimulantes, attrayantes, différentes…
    J’ai donc cette impression parfois de poser ce jeu entre nous, afin que ce soit lui qui fasse le premier pas, alors que j’en meurs d’envie. Mais je ne sais pas comment le faire, le dire.
    Ce qui donne cette sensation d’être forcée parfois, vient je pense, de la peur de finalement aller trop loin(“et s’il voulait faire quelque chose que je ne veux pas, que je n’accepte pas”).
    Je ne sais pas si mes propos sont clairs, mais il y a cette impression dans la relation intime, de parfois faire un pas en avant et deux en arrière.
    Le consentement est présent dans notre relation, mais il m’est arrivée de me dire “et si là je ne le satisfais pas, si l’on n’a pas de relation intime, est-ce qu’il n’aura pas envie d’aller voir ailleurs?”

    Même si j’en parle peu, voir pas du tout, je tiens à préciser qu’il y a beaucoup de tendresse,d’amour et parfois de fougue entre nous,dans l’intimité. On se sert, on s’embrasse, on peut s’étreindre longtemps, se toucher, se caresser. Ce sont des choses importantes et qui, de mon côté me rassurent, me font du bien.
    Notre relation est assez particulière, il faut parfois une bonne dispute (ce qui arrivé tout récemment) pour que ça redonne à notre vie un coup de fouet, pour remettre les choses au clair, les choses que l’on a du mal à se dire.Certains couples fonctionnent comme ça visiblement.

  26. Jean-Claude Kaufmann
    12 avril 2018 - 08:58

    Bianca,

    Si je comprends bien, vous ne souhaitez pas être forcée réellement, c’est juste dans l’imaginaire, un fantasme, plaisant, qui « réveille votre libido endormie » et mentalement reposant peut-être, ce que vous appelez être forcée correspond simplement au fait de lui laisser l’initiative. Et ceci est encore plus net, plus intense peut-être, après une dispute ? Juste après la dispute pourtant, on a un peu oublié l’amour pour l’autre, la sexualité est à l’état brut
    Autre question : comment est apparu le dégoût (malgré l’amour) pour votre premier mari ? Ce qui se passe dans le lit est quelque chose de particulier, de différent, par rapport à l’ensemble des relations de couple ?

  27. Richard
    12 avril 2018 - 19:24

    Jean-Claude,
    Vous me montrez que j’aime encore mon ex-épouse, cela est possible, j’ai d’ailleurs rêvé récemment qu’elle me parlait en souriant, alors que depuis notre séparation, elle avait toujours dans mes rêve une position passive et spectatrice de ma détresse (en général, elle me voyait pleurer sans réagir du tout). Mais ma colère est toujours là, même si j’ai fait un grand pas pour me détacher d’elle il y a quelques mois lorsque j’ai appris par un de mes enfants qu’elle avait une relation amoureuse avec un autre homme. En ce qui concerne vos questions, la baisse de son désir était de toute évidence liée à la baisse de ses sentiments. Je pense que nous n’avons pas su identifier ce qui n’allait pas entre nous, et avons chacun de notre côté évité les conflits (nous ne nous sommes pratiquement jamais « engueulés », c’était plutôt des bouderies qui nous faisaient très mal à l’un et à l’autre), trop difficiles à gérer, du fait de nos difficultés à nous parler de façon sereine. Donc nous évitions les disputes, et la pression est montée petit à petit, le sexe restant quand même toujours là, ce qui nous a peut-être aidés à tenir aussi longtemps, même si nous faisions l’amour beaucoup moins que ce que j’aurais espéré. Son désir était de toute façon moindre que le mien.
    Concernant nos difficultés, il est vrai que je n’étais pas tendre, et j’étais souvent stressé en rentrant du travail, d’autant plus que je n’étais pas accueilli alors que j’aurais vraiment beaucoup apprécié par exemple que le repas soit prêt quand je revenais à 20h après une dure journée. Elle avait en effet choisi de ne plus travailler après la naissance de notre deuxième enfant, ce avec quoi je n’étais pas d’accord, et que j’ai bien dû accepter, alors que mon travail ne nous permettait pas alors de faire bouillir la marmite. Mais lorsque les enfants ont grandi, et que j’ai eu un travail bien payé, elle aurait voulu vivre la vie d’une femme de la bourgeoisie des années 1950, allant boire le café avec ses copines, avant d’aller marcher en forêt ou de passer des coups de téléphone à ses amies. Je ne suis pas macho, j’ai toujours beaucoup participé aux tâches ménagères, je me suis bien occupé des enfants, mais elle ne supportait pas que je lui mette la pression pour travailler ne serait-ce qu’à mi-temps, et que je ne bricole ou ne jardine pas plus. Alors bien entendu, il lui était insupportable que je sois bougon le soir quand le repas n’était pas prêt à 20h voire 20h30, ce qui ne la rendait pas disponible sexuellement ensuite bien souvent.
    Je pense qu’elle a été déçue que je ne sois pas le prince charmant qu’elle avait fantasmé (nous nous connaissions relativement peu quand nous nous sommes mariés), et qu’elle était complexée d’être moins diplômée que moi, ce qui a fait qu’elle m’a finalement considéré comme « condescendant » après m’avoir admiré pour cela.
    Je n’ai peut-être pas été très clair, mais je m’aperçois en écrivant que je suis encore très affecté par ce gâchis, et par cet aveuglement dans lequel nous étions tous deux enfermés, ce qui me fait sans doute m’exprimer ici plus avec mes tripes qu’avec ma tête. Cette épreuve m’a appris beaucoup de choses mais je reste méfiant, de moi-même surtout, même si je suis persuadé que j’ai besoin d’une vie de couple pour être heureux.

  28. Bianca
    12 avril 2018 - 21:58

    Mr Kaufmann,

    En effet, il est plaisant en effet pour moi de sentir que mon compagnon prend l’initiative de la relation intime. Et cela permet de me sentir désirée…
    Après une dispute, je n’ai pas la sensation d’avoir oublié l’amour, c’est comme si on se découvrait ou se redécouvrait.
    Avec mon ex mari, cette sensation de “dégout” (je n’aime pas vraiment le terme, mais je ne vois pas d’autre mot, malgré l’amour que j’avais toujours pour lui) est apparue après la naissance de notre premier enfant. Nous sommes restés un an sans relations sexuelles. Il ne s’en est jamais plaint et ne m’a jamais trompée.
    Je ne sais pas trop expliquer comment cela est arrivé. Je me suis dit qu’il fallait quand même reprendre une vie intime, qu’il ne supporterait pas, qu’il me quitterait.
    J’ai découvert cette notion de “dégout” par plusieurs signes: j’appréhendais le soir, une éventuelle demande de sa part. Puis il me fallait beaucoup de temps pour me mettre “dans le moment”, et chaque fin d’acte amoureux se terminait par un frisson qui me prenait tout le corps. Pourtant, j’aimais mon mari, je le trouvais beau, il était doux, attentionné.
    Nous avons eu un autre enfant deux ans et demi plus tard. Mais, intimement, ça n’avait pas changé. J’avais l’impression de faire l’amour de manière mécanique, pour le satisfaire,pour ne pas qu’il ait eu envie de me quitter…
    Puis les sentiments ont commencé à s’estomper de mon côté, avec le temps. J’éprouvais plutot de la tendresse, mais plus de l’amour.
    Quand j’ai rencontré mon compagnon actuel, tout s’est réveillé en moi.
    Plus de dégout, bien au contraire. J’avais envie de découvrir d’autres choses, de sortir d’une routine sexuelle, de me laisser guider par ce partenaire qui a plus d’expérience que moi. Peut-être est-ce cela au fond?J’avais peut-être besoin d’être guidée par quelqu’un qui m’apprenne de nouvelles choses, me rassure, me bouscule dans ma routine…J’avoue que je me pose encore la question aujourd’hui…

  29. Angèle
    13 avril 2018 - 09:16

    Bianca, ce que vous décrivez (relation avec votre ex mari) ressemble tout à fait ce que je vis, avec la notion de dégoût, d’appréhension. J’ai décidé depuis plus d’un an d’arrêter les relation sexuelles qui ne me convenaient pas et bien sûr notre relation en pâtit. J’ai toujours de la tendresse pour lui mais l’amour n’est plus. Est ce vous qui avez pris les devants pour le quitter ? est ce parce que vous avez rencontré quelqu’un que vous êtes partie ? ce sont des questions que je me pose.. j’ai aussi 2 enfants et c’est difficile de prendre la décision de tout bousculer. Merci

  30. Bianca
    15 avril 2018 - 19:40

    Chère Angèle,

    Visiblement, vous vivez une situation similaire à celle que j’ai vécu il y a 7 ans.
    C’est moi en effet qui ait décidé de quitter mon ex mari. J’éprouvais de la tendresse mais l’amour pur s’échappait, je ne supportais plus sa famille, les anniversaires, Noel… Ils ne m’avaient rien fait, mais je sentais que j’arrivais doucement à la fin de quelque chose.
    Je lui ai un jour annoncé de but en blanc, que mes sentiments s’estompaient, que je n’étais plus heureuse. Je pleurais beaucoup, c’était compliqué car j’avais tout pour être heureuse : mariée, propriétaire, deux beaux enfants, une situation matérielle convenable, une petite vie bien rangée. Mais quelque chose me manquait.
    C’est dans cette période que j’ai rencontré mon compagnon actuel.
    Au début, nous avons fait connaissance, pas de coup de foudre. Nous avons appris à nous connaitre comme deux amis, nous avions beaucoup de points communs.
    Nous nous sommes vus sans que rien ne se passe, même pas un bisou. Cela a duré des semaines, nous parlions beaucoup, nous allions visité des villes…
    Je me suis persuadée que je n’avais pas quitté mon ex mari pour lui, cependant, je pense que ça a accéléré les choses.
    Je suis restée deux mois à la maison entre le moment de l’annonce et le moment du départ. Mon ex mari n’était pas du tout préparé, il a fait ce qu’il a pu pour me récupérer, était prêt à beaucoup de choses. La culpabilité était pesante,étouffante. Aujourd’hui, ça va mieux, mais cette culpabilité m’a pesée des années. D’autant plus que, comme vous, j’ai deux enfants, et je culpabilisais par dessus tout pour le mal que j’allais répandre!
    Mais à un moment il fallait décider de rester et ne pas être bien à 100%, pas épanouie. Ou partir, malgré tout le mal que cela provoquerait, mais peut-être réussir à m’épanouir.
    J’ai vu un psy durant cette période pour m’aider à surmonter la situation, comprendre certaines choses. Cela m’a beaucoup aidé.
    Aujourd’hui, la seule chose que je regrette c’est la souffrance de mes enfants durant cette période. Sinon je ne regrette ni la vie avec mon ex mari, ni le fait d’être partie.
    Je me sens plus épanouie avec mon compagnon actuel.
    Mes enfants se sont bien adaptés, ils préféreraient avoir leurs parents ensemble, mais sont bien habitués au rythme,d’autant plus que mon compagnon a deux enfants aussi. Des liens forts se sont créés.
    Le dialogue, la communication dans un couple est pour moi, le plus important. Comme dans tout couple,nous avons des prises de tête. SI nous ne dialoguons pas, la situation a tendance à être pourrie quelques jours. Dès que nous échangeons sur ce qui nous tracasse, ça va beaucoup mieux.
    Je n’ai pas de conseils à vous donner, mais si je peux me permettre, je vous dirai simplement d’essayer de dialoguer, de parler de ce qui ne va pas, avant de prendre une décision hâtive.
    Je ne sais pas si mon témoignage peut vous aider, mais c’est avec plaisir que nous pourrons échanger à ce sujet.

  31. Angèle
    23 avril 2018 - 12:58

    Bianca,
    Merci pour votre retour sur votre expérience. C’est fou comme je m’y retrouve, mis à part le fait que je n’ai pas noué de relation forte avec un autre homme.
    Nous parlons beaucoup avec mon mari, nous allons voir un psy ensemble, ce qui nous aide à délier les blocages. Seulement je sens bien que notre objectif n’est pas le même : il espère que ça nous permettra de retrouver une vraie vie de couple amoureux et moi de mon côté, j’espère que ces séances nous permettront de nous séparer en bons termes…
    J’ai bien conscience que c’est à moi de prendre la décision même si j’aimerais qu’elle soit partagée, qu’elle soit d’un commun accord… il faut beaucoup de force pour faire ce pas-là … vous avez été très courageuse !!!
    Cela mûrit en moi doucement ; cela me transforme à tous les niveaux et même mon mari qui était plutôt rigide, s’assouplit…
    Quoiqu’il arrive, je ne regrette pas cette prise de conscience. J’espère juste trouver la force qui me manque encore.
    Merci.

  32. Bianca
    23 avril 2018 - 20:31

    Angèle,
    Réussir à parler avec votre mari, quelque sera la décision plus tard, est une chose très positive. Même si vous finissez par vous séparer, vous aurez mis des mots sur vos blocages. Je suis heureuse de voir que cela vous transforme doucement… Vous serez peut-être surprise dans quelques temps et, peut-être que vous ne vous séparerez pas…Je crois qu’il faut laisser le temps qui fait et défait les choses.
    Vos paroles sont plutôt positives, et la force vous la trouverez quoiqu’il arrive.
    J’ai été surprise de trouver la force dans des moments de détresse. Le corps et l’esprit ont des ressources surprenantes. J’ai découvert que l’on peut aller au plus profond de nous même dans des situations difficiles.
    Je vous souhaite que cette prise de conscience vous aide à avancer de manière positive. La force, j’en suis certaine, vous la trouverez!
    Bien sincèrement.

  33. Angèle
    2 mai 2018 - 12:53

    Merci Bianca, vos mots me réconfortent !

  34. Jade (Muriel Jolivet)
    2 juin 2018 - 10:24

    Au Japon la plupart des couples n’ont plus de rapports sexuels une fois le quota d’enfants réuni (2 en général). L’homme appelle sa femme “mama” (puisqu’elle est mère de ses enfants, un peu comme si elle etait devenue sa mère a lui aussi), et elle l’appelle “papa”. Le fait de dormir a 3 ou a 4 dans le même fouton avec les enfants au milieu, ne facilite pas non plus la communication des corps, mais les deux se disent fatigues, lui par son travail, elle par les soins aux enfants. Finalement c’est globalement le “happy end” de leur vie conjugale. Pourtant, personne ne considère la baisse ou la disparition de la libido comme une motivation pour divorcer. Le couple reste sacre même si monsieur va parfois voir ailleurs de temps a autre. Les Français maries a des Japonaises se plaignent du cours que prennent les choses, mais, pour parodier le livre de Beigbeder, on pourrait dire qu’au Japon, la libido dure 3 ans…

  35. Lili
    3 juillet 2018 - 14:32

    Bonjour à tous,

    J’ai 30 ans, et je sors d’une longue histoire qui a commencé à mes 20 ans. Grande lectrice et passionnée de féminisme, le désir reste pour moi un profond mystère. Qu’est-ce que je me suis battu contre mon compagnon pour lui prouver que non, une femme n’avait pas “moins” de désir qu’un homme et pourtant, nom d’un chien, c’était le cas entre nous et encore maintenant ça m’agace de l’écrire. Nous avions des codes parfois pour compenser cette inadéquation, je me laissais “violer” sans réagir, en disant juste que je préférais faire l’étoile de mer tranquillement. Je mets des guillemets car c’était notre expression. Ca ressemble au témoignage du monsieur avec sa femme qui lit ;) C’était toujours agréable mais sans plus. Comme un bonbon. Un shot de sucre et dodo. Et lui était d’une immense fierté, l’idée d’être moins désiré que je l’étais le vexait beaucoup, et je faisais toujours très attention à ce qu’il ne pense pas que je faisais quoi que ce soit “pour lui faire plaisir”.

    Dans une histoire plus courte, juste après le #metoo, j’ai balancé à mon amant que son insistance était juste lourde. Et qu’heureusement que je n’avais plus 20 ans. Le message est passé finalement.

    Je dois toujours et encore me battre pour ne pas “faire plaisir” et me faire plaisir. Sauf que me faire plaisir passe encore beaucoup par faire plaisir. D’où une zone grise continuellement renouvelée.

  36. Jean-Claude Kaufmann
    10 juillet 2018 - 08:00

    Lili,
    Si je comprends bien, vous employiez entre vous le mot « violer » comme nom de code, il s’agissait d’une sorte de scénario, de jeu sexuel, dans lequel vous disiez préférer jouer une extrême passivité (faire l’étoile de mer). Comment réagissait-il, cela lui convenait ? Vous dites que, sans atteindre le plaisir, c’était malgré tout agréable. Il semble malgré tout, dans ce que vous dites, que c’était pénible à vivre pour vous (d’ailleurs, dans votre histoire plus récente, vous avez dit non). Pouvez-vous essayer d’expliquer ce qu’il y a de pénible dans cette chose pas vraiment désagréable mais sans vrai plaisir. Vous trouvez le temps long ? C’est le contraste avec l’idée d’un plaisir qui pourrait être plus intense qui est agaçant ? La répétition de l’exercice ? La déception de ne pas pouvoir vous expliquer vraiment sur ce qui se passe entre vous ?
    Doit-on se battre pour ne pas « faire plaisir », ou trouver le moyen de combiner le « faire plaisir » avec le plaisir personnel ?

  37. Lili
    16 juillet 2018 - 11:19

    Ce qui était agaçant c’était d’admettre par ce jeu que nous n’étions pas égaux face au désir. J’étais soulagée de pouvoir “donner” sans efforts mais je culpabilisais également – de ne pas correspondre à ce qu’il attendait de moi.

    Doit-on se battre pour ne pas “faire plaisir” : je me suis battue quand le “faire plaisir” était insistant, ressemblait à une obligation.
    Dans le premier cas il s’agissait d’une relation longue, dans laquelle des concessions sont nécessaires. Et jamais mon compagnon insistait lourdement, c’était beaucoup plus diffus et de l’ordre du non dit.
    Dans l’autre il s’agissait d’une histoire courte qui est légitime seulement si ça fait des étincelles, d’où la pression j’imagine que je ressentais pour être à la hauteur de quelque chose de “passionnel” et brillant et qui m’a finalement agacé au point de dire stop. D’autant plus que la demande était dans ce cas explicite, insistance et directement culpabilisante.

    Faire plaisir et plaisir personnel vont ensemble mais ne sont pas la même chose. J’ai passé de longues années à les confondre complètement. Mais oui, parfois ils peuvent être dissociés et ça demande une attention à soit et à l’autre parfois fatiguante :)

  38. Jean-Claude Kaufmann
    17 juillet 2018 - 08:23

    Lili,
    Quel bilan tirez-vous de votre combat féministe pour prouver qu’une femme n’a pas moins de désirs qu’un homme ?
    Certes le désir féminin a longtemps été nié par la société machiste. Mais beaucoup de témoignages de cette enquête montrent qu’il a encore aujourd’hui beaucoup de mal à s’exprimer sereinement dans le couple (plusieurs témoignages montrent qu’il s’éteint avec la routine conjugale, alors que l’homme maintient un désir constant. Pour vous la difficulté à le ressentir pleinement semble avoir commencé dès le début). Dans votre cas, cette idée, politiquement juste en théorie mais qui ne correspondait pas à votre situation, ne vous a-t-elle pas piégée, vous forçant à atteindre une sorte d’idéal impossible, ce qui provoqua agacements et culpabilité, alors que reconnaître le décalage des désirs aurait peut-être permis d’instaurer des échanges conjugaux plus apaisés ? Un couple ne se résume pas à la sexualité.

  39. Lili
    19 juillet 2018 - 10:06

    Nous avons fini par instaurer, sur la proposition initiale de mon conjoint, une ouverture dans le couple pour échapper au huis clos et effectivement, briser la routine a été salvateur pour mes idées féministes mais destructrices pour mon couple. En face, il n’a pas pu supporter. Et moi non plus cela dit quand la réciproque est apparue. Bien-sûr que notre histoire ne s’est pas terminée à cause de cela uniquement, mais le mélange de différents facteurs a fini par faire éclater notre relation. Et ce facteur là a été central.

    Si je devais faire un bilan de ce combat, j’estime qu’il est juste en effet, mais que je suis trop empêtrée dans cette société pour que cela serve à quelque chose de se battre. La réalité de mon passé, de mon environnement, de mon éducation est trop forte. Peut-être plus tard…

  40. Jean-Claude Kaufmann
    20 juillet 2018 - 15:16

    Lili,
    Vous voulez dire que vous avez accepté qu’il ait une relation avec une autre femme?

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